Monday, November 28, 2011

Des Danois et des singes

Je n’ai jamais vraiment eu de passion pour la faune et la flore. Bien sûr, je peux en apprécier la beauté, mais ne me parlez pas d’excursion ornithologique en pleine jungle ou d’observation de papillons, je décroche complètement. J’ai néanmoins décidé d’aller faire un tour dans la réserve naturelle de l’île de Tiwai, réputée pour sa concentration et sa variété de primates. La plupart des expats que j’ai rencontrée en parlait en bien, c’est une des seules véritables attractions touristiques du coin, et puis un singe, c’est quand même mignon, non ? Et puis, deux ou trois jours dans la jungle ne me tueront pas (enfin, probablement pas) : alors hop, je saute dans un poda-poda (les minibus locaux), j’attends quatre heures à la gare routière et puis ça y est, on est parti.

L’île de Tiwai, dans la rivière Moa, fait environ 12 km², et on y retrouve, entre autres, 11 espèces de singes, des hippopotames nains, des léopards et environ 800 espèces de papillons. Ça fait beaucoup de monde sur une petite île, me direz-vous, mais il n’est pourtant pas garanti de voir toutes ces jolies bestioles en un seul séjour. C’est la jungle, la vraie, celle dans laquelle il est souvent difficile de voir plus de deux mètres devant soi, et où de toute façon on préfère nettement regarder où on met les pieds que de garder les yeux en l’air en espérant voir un chimpanzé. Car évidemment, l’île de Tiwai n’est pas peuplée que de gentils papillons et de drôles de primates : on y retrouve aussi deux espèces de cobras (le cobra noir africain et le water cobra), des mambas verts, des tarentules et nombre d’autres merveilleuses créations venimeuses de Mère Nature. Et quand on sait que la dose d’anti-venin la plus proche est… en Ouganda, je vous jure qu’on fait le tour de sa tente avant de se coucher.

Je suis arrivé sur l’île vendredi, il était donc peu probable que j’y sois seul. En effet, les seuls « touristes » au Sierra Leone sont des travailleurs d’ONG des environs qui font des excursions le week-end. Comme Tiwai est assez réputé dans le pays, et pas si loin de grandes villes comme Bo, Kenema et Freetown, c’est un des lieux favoris des travailleurs humanitaires pour se changer les idées. Je me suis donc retrouvé avec quatre allemands, deux finlandaises et neuf danois : adieu, quiétude pastorale.

Le samedi matin, promenade matinale pour tenter de voir quelques singes. On m’avait dit qu’il n’était pas rare de voir une majorité des 11 espèces de singes en une seule balade : je dois dire que j’ai été un peu déçu. Je crois en avoir vu deux, et de si loin qu’il m’est pratiquement impossible de dire si c’était des gorilles ou des capucins. Franchement, ceux qui sont paraît-il nos plus proches cousins ne savent pas se comporter avec la famille, je m’attendais à un accueil plus chaleureux. Pas de bonnes photos de singes, que de vagues silhouettes dans les arbres. J’ai par contre pu capturer (en image, rassurez-vous) une magnifique et gigantesque araignée, et notre petit groupe a même eu la chance de croiser le chemin d’un petit cobra.

Le groupe de danois était bien sympathique. Ils travaillaient tous dans un hôpital de brousse, à Massanga, dans le nord du pays. Je dis « hôpital de brousse » car c’est la description qu’ils m’en ont fait, mais l’hôpital est réputé pour être le meilleur du pays : ça donne une idée de l’état des soins de santé dans le coin. Nous sommes allés faire une balade en bateau autour de l’île, dont le moment fort fut certainement le water cobra à un mètre de l’embarcation. Je suis très fier de dire que malgré ma peur légendaire des serpents (eh oui, je suis comme Indiana Jones), mon premier réflexe fut de tenter de le prendre en photo, et non de me joindre au concert de cris effarés des demoiselles présentes.

À part ces deux petites expéditions, il n’y avait pas grand-chose à faire à Tiwai. Ajoutez à cela quelques problèmes de communication entre le cuisinier et moi (non, deux morceaux de plantain bouilli ne constituent pas un repas; oui, j’ai demandé à avoir un déjeuner, etc.), et vous comprendrez pourquoi je suis reparti le dimanche matin. Mes amis danois ont eu la gentillesse de m’amener jusqu’à Bo, et de là je me suis rendu à Kenema.

Oooooooh que c’est louche, Kenema. La ville est réputée pour être un lieu de commerce, particulièrement le commerce de diamant, ce qui amène son lot de personnages suspects. L’hôtel Capitol, le plus chic de la ville, est le lieu de rencontre par excellence de ces derniers. Des slaves qui transigent des milliers de dollars au cellulaire, de riches libanais qui invitent le chef local des troupes de l’ONU à prendre un verre, des serveuses sans entrain qui se liment les ongles et un vautour autour de la piscine : avec un peu de temps, on pourrait vraiment en faire un roman d’espionnage. En attendant, je vais tenter de me renseigner un peu sur le commerce de diamants, voire d’aller visiter une mine. Et puis je vais gentiment me laisser bercer par la douce atmosphère de Far West qui imprègne la ville, avant de finalement quitter le Sierra Leone et d’entrer au Liberia.

François

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