Tuesday, February 28, 2012

Adieu solitude

On dit souvent que tout, dans la vie, dépend des gens que l’on rencontre. Après trois mois de solitude presque complète, j’aurais pu rectifier en disant que tout dépend simplement de rencontrer des gens ou non. En Afrique de l’Ouest et en Centrafrique, les touristes sont très peu nombreux (on se demande pourquoi…), et mes contacts humains furent assez limités. Si j’enlève de l’équation les putes qui venaient bavarder avec moi en toute innocence, ils étaient extrêmement limités. Mais, comme on le dit presque aussi souvent, parfois, la vie fait bien les choses.

Après quelques jours à parcourir Addis à pied (quelques ampoules et un coup de soleil en prime), je suis parti vers Bahir Dar, sur les rives du lac Tana. Bahir Dar attire les touristes pour deux raisons. Premièrement, sur les multiples îles du lac se trouvent des monastères réputés pour leur authenticité et leurs fresques. Deuxièmement, la si élusive source du Nil (du Nil bleu, du moins) se trouve à quelques kilomètres de là, aux chutes du Nil bleu (moins trois points pour l’originalité du nom). Bahir Dar fut donc ma première expérience depuis longtemps dans un endroit touristique : j’en ai vu autant les avantages que les inconvénients.

Dès mon arrivée, j’ai pu aisément remarquer que j’étais bien de retour sur la « tourist track » : à peine descendu du bus, d’innombrables jeunes garçons me proposaient hôtels, tours sur le lac, guides, et tout le tralala. Après m’être trouvé un hôtel, je me suis mis à la recherche d’une excursion sur le lac. Un jeune garçon qui disait travailler dans mon hôtel m’a proposé d’aller rencontrer un opérateur de bateau au port, qui m’a gentiment proposé une excursion sur le lac et aux chutes pour la modique somme de 150$. 150$ ! Z’êtes malades ! J’ai bien sûr refusé. Mais le jeune garçon était persistant, et j’ai réussi à faire descendre le prix jusqu’à 80$. Encore épouvantablement cher, mais bon, c’était presque la moitié du prix demandé à la base, alors j’ai accepté.

Je le dis avec un peu de recul : quel imbécile tu fais, François de Montigny. Le lendemain matin, le groupe avec lequel je devais partir n’était pas là, bien sûr. Deux allemands de passage mon alors gentiment proposé de faire le voyage avec eux. Ils sont tous deux étudiants en Histoire à Konstanz, au sud du pays; Verena fait son doctorat sur l’influence portugaise dans l’art religieux et l’iconographie éthiopienne au 15e siècle, d’où l’excursion sur le lac, Philip est à la maîtrise en histoire et assiste Verena dans ses recherches. Ils m’ont rapidement fait comprendre que je m’étais incroyablement fait avoir (la balade en bateau coûte 200 Birs, soit environ 12$), mais jusqu’ici je n’ai toujours pas réussi à m’en vouloir, parce car sans cette grossière erreur de débutant je n’aurais jamais rencontré ces fantastiques compagnons de voyage.

Je vous fais une histoire relativement courte, sinon on ne s’en sortira jamais, mais ils ont immédiatement été très sympas, et nous avons passé quelques soirées ensemble à Bahir Dar en compagnie de leur guide/interprète/ami, Alula, certainement l’Éthiopien le plus drôle, gentil et agréable qu’il existe sur Terre. Nous sommes allés voir les chutes (peu impressionnantes en pleine saison sèche, mais néanmoins jolies), avons tenté de récupérer mon argent (un demi-succès), et puis, au fil des jours, je me suis retrouvé à partager de plus en plus leur quotidien, ce qui n’était certainement pas pour me déplaire.

Non seulement Philip et Verena sont hyper sympas, mais ils sont aussi intéressants et intelligents. Ça peut vous paraître d’un ennui mortel, mais moi, l’influence portugaise dans l’art religieux et l’iconographie éthiopienne, je trouve que c’est un sujet fascinant : eh oui, je suis assez nerd pour ça. Je n’aurais pu rêver de meilleurs compagnons de voyage, au point où j’ai laissé tomber tous mes plans pour les suivre encore quelques jours (nos plans étaient sensiblement les mêmes, alors ça ne me prive de rien du tout). Je dois vraiment être béni, parce que côté compagnons de fortune qui deviennent des amis, j’ai été plus que gâté au fil des ans; mes aventures afghanes peuvent en témoigner – Sid et Vincent, on se voit à Paris !

En plus de profiter de la compagnie de Philip, Verena et Alula, je les accompagne dans leur recherche d’icônes et de livres anciens dans des églises perdues en campagne, j’apprends beaucoup sur la culture et l’histoire éthiopienne, et de façon générale je m’amuse comme un petit fou. Mon côté Indiana Jones est presque satisfait, autant au niveau aventure qu’au niveau culturel et historique. Il me faut mentionner que si les fresques et icônes sont fascinants et mettent à l’épreuve ma connaissance de l’histoire sainte, les palabres avec les prêtres (certains complètement fermés, d’autres de parfaits ignorants, mais aussi parfois de véritables boute-en-train compréhensifs et blagueurs) ajoutent beaucoup au sentiment de découverte qui résulte de ces excursions hors sentiers. Tout cela a comme autre avantage de donner un semblant de but à mes pérégrinations actuelles par ma très mince et négligeable participation à leur recherche. Je ne sers franchement pas à grand-chose, mais j’essaie d’aider du mieux que je peux, et mes copains teutons ont rapidement su me faire sentir comme un membre de l’équipe, ce qui est pour moi un grand plaisir et une grande fierté. Je crois que mon intérêt pour leurs recherches, en plus de mon irrésistible caractère habituel, y est pour quelque chose. Les discussions sur les habituels attributs symboliques de l’archange Gabriel ne me rebutent pas du tout, bien au contraire. Bref, il est très rare de rencontrer des gens avec qui on s’entend très rapidement, avec lesquels on partage beaucoup et qui peuvent nous faire découvrir quelque chose. Tomber sur des gens pareils par pur hasard en plein cœur de l’Éthiopie, tout comme ce fut le cas au Kirghizstan ou en Afghanistan, ça relève du miracle.

De retour à mon itinéraire. De Bahir Dar, nous sommes partis pour Gonder, la « Camelot de l’Afrique », et un véritable nid de touristes. Si, les châteaux et les forteresses sont bien jolis, mais en toute franchise je commence à en avoir vu pas mal, et les (très souvent imbéciles) touristes finissent toujours par me gâcher un peu l’expérience. Vraiment, le seul défaut majeur de l’Éthiopie jusqu’à présent, ce sont ces omniprésents vacanciers qui vous le savez m’ont toujours donné de l’urticaire. Ah oui, ça et le fait que le carême orthodoxe dure 55 jours, et qu’il presqu’impossible pendant ce temps de trouver de la viande ou quelque produit animal que ce soit, fromage y compris. Heureusement que l’alcool n’est pas soumis à la privation…

Je suis maintenant à Lalibela, là où se trouvent ces fameuses églises creusées dans la roche qui émerveillent pèlerins et voyageurs depuis des siècles. C’est joli, bien sûr, mais j’ai toutefois quelques réserves en ce qui concerne la ville. Je vous en dirai plus là-dessus dans quelques jours, je termine ici cette brève mise à jour de mes aventures. Que voulez-vous, j’ai faim !

François

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