Tuesday, January 17, 2012

Un autre mois, un autre pays

Peut-être me reprocherez-vous un certain manque d’assiduité dans les dernières semaines, rendant plutôt rares les entrées dans ce blogue. Vous comprendrez bien qu’après deux mois de voyage, l’habitude a tempéré ma curiosité et mon étonnement, et qu’ainsi je trouve de moins en moins dans mon quotidien de moments et d’observations qui, à mon avis, méritent d’être racontés. Je vous fais quand même une petite mise à jour, pour ne pas que vous perdiez le fil de mon périple.

Après plusieurs longues journées d’attente à Abidjan, j’ai finalement obtenu mon visa pour le Cameroun. Je commence à être un voyageur d’expérience, avec plus d’une trentaine de pays derrière moi, et croyez-moi j’ai l’habitude des demandes de visa. Pourtant, l’ambassade du Cameroun à Abidjan a presque réussi à me faire sortir de mes gonds par la complexité de son processus d’octroi de visa, la quantité de documents demandés et le laxisme dans son assiduité au travail. La dame qui s’occupe des services consulaires s’étant autoproclamée spécialiste mondiale du tourisme, elle me fit un petit sermon lors de ma première visite : « D’habitude, monsieur, quand on fait une demande de visa, on a toujours en sa possession une réservation de billet d’avion pour entrer et pour sortir du pays, des réservations d’hôtel couvrant l’essentiel de notre séjour, une lettre d’invitation d’un organisme, d’une entreprise ou d’une agence touristique, un résumé de son itinéraire, un relevé bancaire et un certificat d’assurance-voyage, c’est essentiel ! ». Croyez-le ou non, chère madame, mais vous êtes la première à me demander autant de documents inutiles (et après avoir fait des demandes de visa en Asie Centrale, c’est surprenant). J’ai donc dû me procurer la plupart de ces documents, et, Lonely Planet à la main, lui expliquer tout doucement que je n’avais pas besoin d’avoir de réservation d’hôtel dans chaque ville que je comptais visiter puisque j’avais avec moi une liste exhaustive des possibilités d’hébergement à travers le pays. Cela aura pris toute ma patience, mais après cinq jours d’attente, j’ai finalement obtenu mon visa.

Que faire pendant ces cinq jours ? Quitter Abidjan était difficile, puisque je n’avais plus mon passeport en ma possession; j’avais déjà visité la ville, qui offre un certain intérêt au voyageur mais qui n’est pas Paris non plus. Je me suis résolu à passer l’essentiel de mes journées dans mon petit hôtel minable, qui à chaque jour me révélait un peu plus de ressemblance à une vraie cour des miracles.

Il y avait de tout dans cet hôtel, qui, je crois vous l’avoir déjà dit, était plutôt un HLM. Les jeunes hommes désœuvrés ivres à tout moment; les matrones aux mille enfants, qui cuisinent d’une main et allaitent de l’autre; la femme de chambre complètement folle, qui cognait à ma porte à deux heures du matin pour me dire que « les gens étaient mauvais ici » et qu’il fallait impérativement que je verrouille ma porte (ce qui était déjà fait avant que je ne lui ouvre), et qui ne passait pas une journée sans me réclamer son « bonne année », petit cadeau monétaire qu’en tant que richissime blanc je me devais de lui donner; un très, très très louche bar (le Zanzi-bar, quel jeu de mots) peuplé de marins indiens en « shore leave », de putes marocaines et de businessman ivoiriens; et aussi beaucoup de rats.

Bien que n’ayant rien à faire de mes journées, je ne peux pas dire m’être vraiment reposé, réveillé à l’aube par des cris d’enfants et en pleine nuit par des bagarres et des hululements d’ivrognes. Je suis finalement parti vendredi dernier pour le Cameroun, juste à temps puisque mon visa ivoirien expirait le lendemain.

Pourquoi le Cameroun ? Une seule raison : c’est le seul pays qui me permet de me rapprocher de l’Afrique Centrale. D’ici j’ai en effet accès à la République Centrafricaine et au Tchad, d’où je pourrai alors soit passer au Soudan (un peu compliqué étant donné la situation au Sud-Soudan et l’insécurité constante au Darfour) ou, au pire, prendre un vol pour l’Éthiopie. Je n’ai pas vraiment d’autre raison de visiter le Cameroun, qui est un pays sympathique mais somme toute assez semblable à la Côte d’Ivoire, casques bleus en moins. Je ne prévois donc pas m’y attarder.

Surprise ! J’ai vu ici, pour la première fois depuis mon arrivée, des vrais touristes ! Il faut dire que le Cameroun, c’est l’Afrique, certes, mais ça n’a strictement rien à voir avec le Liberia ou le Sierra Leone côté infrastructure et sécurité. Les gens cajolent presque les touristes, refusant de me laisser marcher seul jusqu’au restaurant le soir (« c’est l’Afrique ici, monsieur, c’est pas comme l’Europe ! », me répond-t-on alors que j’essaie de leur expliquer que je n’ai pas peur le moins du monde). Ma fréquentation assidue des hôtels les moins chers en ville et mon horreur des restos trop chers pour occidentaux me laisse quelque peu à l’écart du chemin touristique pour l’instant, ce qui fait que je n’ai toujours pas véritablement « rencontré » de touristes, bien que j’en aie croisé quelque uns. Ils ont l’air tout beau, tout propre, tout frais, ils me font presque peur, moi qui suis maintenant invariablement sale et fatigué.

Après un court passage à Douala, je suis maintenant à Limbe, sur le bord de la mer, pas très loin du Mont Cameroun. C’est cette montagne, plus haut sommet d’Afrique de l’Ouest du haut de ses 4095 mètres, qui m’attire ici. J’ai bien l’intention d’aller la grimper, mais encore une fois le voyage en solo fait monter les prix : 280$ pour trois jours et deux nuits, je trouve ça un peu cher ! J’ai un très mince espoir de rencontrer d’autres alpinistes en herbe une fois rendu au pied de la montagne, à Buea (qui se prononce « boo-yah », c’est très plaisant à dire), et peut-être ainsi diminuer les coûts; sinon, je considèrerai une plus courte escapade.

J’ai réalisé une chose bien grave hier : je suis carrément épuisé. Oui, je sais, je viens tout juste de vous faire part de mes projets de grimper une montagne de 4000 mètres, ça semble un peu paradoxal, mais vraiment je suis rompu de fatigue. Succombant à un accès de paresse, je commence à considérer aller passer quelques jours sur la plage à Kribi, dans un hôtel un peu mieux que d’habitude, où je n’aurais plus besoin de planifier avec précision une véritable expédition pour me rendre au restaurant, où l’on ne me dérangerait pas avec de la musique tonitruante ou des cris à chaque nuit, et qui sait, où je pourrais peut-être même avoir un bon petit-déjeuner, avec du vrai café… j’y pense et j’en tremble d’envie. Oh, je n’y passerais pas un mois, trois ou quatre jours tout au plus, mais peut-être est-ce une bonne idée de faire le plein d’énergie avant de me lancer en République Centrafricaine… je n’ai pas l’impression qu’il s’agit d’un endroit où les mots calme, tranquillité et bon petit-déjeuner feront partie de mon quotidien…

François

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