En mettant les pieds à Douala, je m’attendais à passer un très court séjour au Cameroun; je voyais cette étape comme un simple transit entre l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique Centrale. Après près de trois semaines bien remplies par les excursions en montagne et à la plage, l’inévitable attente de visa et tous les petits tracas habituels, il est difficile de dire que ce fut simplement un séjour de transit. Mais voilà, le temps est enfin venu de quitter le pays pour me plonger à nouveau dans l’inconnu et le danger, cette fois en République Centrafricaine. Je vous ferai donc un petit résumé de mon passage au Cameroun.
Yaoundé
J’ai quitté Kribi à regret, car j’aurais bien pu y passer quelques semaines. J’y ai trouvé les prix absolument démesurés et les touristes et expats vraiment beaucoup trop nombreux, mais mon seuil de tolérance concernant ces deux facteurs est notoirement bas; après quatre jours, je commençais pourtant à ramollir et à considérer y rester jusqu’à ce que mon compte bancaire soit vide. C’était la fatigue, pire ennemi du voyageur, qui parlait, et prenant mon courage à deux mains, je me suis dirigé vers Yaoundé avec comme seul objectif d’y obtenir un visa pour la République Centrafricaine.
Je dois avouer avoir quelque peu hésité avant de me décider à me rendre dans ce pays sans foi ni loi. Ce n’est peut-être pas le pire pays au monde, mais il monte certainement sur le podium avec la République démocratique du Congo et la Somalie. Qui plus est, comme dans tous les pays dangereux, le prix des infrastructures est inversement proportionnel à leur qualité : plus les hôtels laissent à désirer, plus les transports sont inefficaces, plus ils sont chers. Je ne pouvais pourtant me résoudre à voler par-dessus l’Afrique Centrale au grand complet; cela aurait été tout à fait indigne de mon goût de l’aventure et de mes capacités d’adaptation. J’ai donc fait ce que toute personne sensée me recommanderait de ne pas faire : j’ai fermé les yeux, fait ma demande de visa, et organisé mon voyage vers la frontière.
Ces réflexions m’ont occupé pendant mes quelques jours à Yaoundé, ville semblable à tant d’autres grandes villes de la région : pas désagréable, mais sans grand intérêt. Comme Rome et Jérusalem, Yaoundé est construite sur sept collines, et sa relative altitude la garde quelque peu plus fraîche que ses consœurs côtières. Je me suis trouvé un hôtel plutôt minable (ben oui, encore) près du Carrefour N’longkak, et fort heureusement pour moi tout près d’un délicieux restaurant français aux prix franchement ridicules : salade du jardin et filets mignons sauce béarnaise pour 7$, quelqu’un ? Moi, je me suis régalé. Comme mon impression d’une ville se base à environ 70% sur ce que j’y ai mangé, quand je repense à Yaoundé je vois une ville assez jolie, avec une petite odeur d’estragon.
Les touristes
Pour couper en deux l’attente de ce nouveau visa, je suis allé faire un tour à Foumban, à l’Ouest du pays. Foumban est réputée pour le palais de ses sultans Bamoun et son artisanat. Serais-je devenu tout à fait blasé ? Le palais royal était intéressant, mais sans plus (le bâtiment comme tel vaut un coup d’œil, l’histoire et les traditions Bamoun que m’a bien expliquées le guide sont une meilleure raison de faire la visite). Les touristes français avec moi étaient eux littéralement fascinés par le moindre petit détail sur le chasse-mouche royal où par les tentatives d’un sultan mégalomane de créer son propre horoscope.
Pour la première fois depuis mon arrivée en Afrique, j’ai aussi été confronté aux techniques de vente sous pression des artisans locaux et aux habituelles arnaques touristiques. Ça a presque tout à fait gâché ma visite. Les boutiquiers qui ne vous lâchent pas, qui veulent vous vendre des trucs en demandant 30 fois le prix habituel (c’est que je ne suis plus un néophyte en Afrique, les amis !), des jeunes hommes quelques peu belliqueux qui se font presque menaçants en exigeant de l’argent, bref, pas du tout l’expérience africaine que j’avais eu jusque là. Et vous savez pourquoi ? Parce que pour la première fois, j’étais dans un endroit qui vivait principalement du tourisme.
Ils m’emmerdent, les touristes. D’abord parce qu’ils sont soit complètement désintéressés de tout ce qui peut avoir trait à la culture locale car trop occupés à retrouver leur confort, soit tellement euphoriques face à la moindre insignifiance exotique qu’ils semblent dans un état de quasi-béatitude naïve et exubérante. Ce n’est pas pour rien que j’évite comme la peste les pays touristiques (je crois que je serai servi en République Centrafricaine !). Et si le seul bon côté du tourisme est habituellement la présence de bons restaurants, à Foumban il n’y avait qu’un endroit où manger, avec un menu particulièrement limité et peu raffiné. Pas la peine de vous dire que je ne m’y suis pas attardé.
Le Cameroun et les gays
Si vous êtes gay et camerounais, j’ai un scoop pour vous : vous allez fort probablement travailler comme serveur dans un resto pour les blancs. Je ne veux pas perpétuer le mythe un peu ridicule du « gay-dar », mais on remarque aisément qu’une très grande proportion des serveurs masculins dans les restaurants pour touristes ou pour expats semble plutôt immunisée aux charmes féminins. Et certains d’entre eux, peut-être parce qu’ils ont rapidement su deviner en moi un grand fan de Judy Garland, m’ont même avoué leur orientation sexuelle en me demandant si leur vie ne serait pas plus simple en Occident.
Mettons tout de suite les choses au clair : l’homophobie me répugne. Malheureusement, au Cameroun, c’est plutôt la norme, comme partout dans la région. Quand l’homosexualité n’est pas littéralement illégale, elle tombe sous le coup de délits comme les « actes contre-nature » (ben voyons !). Vous vous imaginez donc bien que la vie d’un homosexuel camerounais n’est pas rose, sans vouloir faire de jeu de mots (enfin si, un peu quand même !). Et franchement, à chaque fois que l’un de mes gentils serveurs m’a fait son « coming-out », ça m’a beaucoup ému. Je n’ai malheureusement pas les aptitudes d’un thérapeute, mais j’ai tout de même fait tout ce que j’ai pu pour les rassurer, leur donner du courage, les encourager. L’un d’entre eux prévoyait se marier (plutôt par obligation, vous le comprendrez bien), et m’a demandé s’il devait révéler son secret à sa future épouse. Épouvantable question ! Personne ne devrait avoir à vivre de telle situation.
Tout ça m’a fait réfléchir. C’est tout de même étrange qu’une population si longtemps opprimée selon un critère farfelu (la couleur de la peau) continue à en opprimer une autre en fonction d’un critère qui l’est tout autant (l’orientation sexuelle). Oh, je sais bien que je suis loin d’être le premier à avoir réfléchi à ça, que les raisons sont innombrables, que la situation est beaucoup plus complexe, etc. Quand même, c’est plutôt choquant. La morale de cette histoire ? Il n’y en a pas vraiment. Sinon, bien sûr, que les droits des homosexuels, chez nous comme en Afrique, ce n’est malheureusement pas gagné d’avance.
***
Après un long voyage de train agrémenté d’une épouvantable intoxication alimentaire (assez épouvantable pour me laisser croire à la possibilité du choléra, c’est pour dire), je suis maintenant à N’gaoundéré, aux pieds du Sahel. Demain, départ pour la frontière avec la République Centrafricaine (à 6h du matin ! Barbares !). Et puis après, l’inconnu. Je vais essayer de vous donner preuve de vie une fois rendu à Bangui (si je m’y rends, bien sûr !); si c’est impossible, mon prochain message vous parviendra soit d’Éthiopie, soit du Sud-Soudan, on verra bien.
François
Je pense que la frontière avec le Soudan est fermée, non ?
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